On a l’impression que le chauvinisme s’exerce même sur les avions. Les récents crashs des Airbus d’Air France et de Yemenia ont été reçus bien différemment. La compagnie yéménite avait certes de quoi susciter la méfiance dès avant l’accident, n’empêche que notre compagnie nationale a été autrement traitée. Il y a des usages très divers du principe de précaution. Le Bureau d’enquêtes et d’analyses n’a cessé d’appeler à la prudence tandis que la presse et divers experts multipliaient les hypothèses sur l’accident du vol AF447, mettant en cause les désormais fameux capteurs. Mais c’était comme s’il s’agissait de protéger Air France et Airbus. Bien sûr, il faut prendre soin de ne pas provoquer une catastrophe industrielle de façon irraisonnée. Mais les passagers eux aussi devraient avoir droit au principe de précaution.
Au moment de la vache folle, les animaux ont payé pour les consommateurs. Ici, on n’a pas tenté de clouer tous les Airbus ou les avions d’Air France au sol tant qu’on n’avait pas d’explication. C’est le constructeur européen qu’il était hors de question de transformer en viande froide, comme ça n’aurait pas manqué d’être le cas si le monde avait soupçonné un défaut de fabrication. Yemenia l’a rapidement saisi, qui menace maintenant de ne plus acheter d’Airbus si, en gros, l’enquête sur son propre crash continue à lui être aussi défavorable. Statistiquement, il faudrait un autre accident comme celui de l’AF447 pour se faire une idée plus précise. Alors, dans le doute, on ne s’abstient pas. On continue de voler. C’est la faute à pas de chance, peut-être juste cet appareil-là avait un problème. Rappelons-nous la première réaction d’Air France: la foudre aurait été cause du drame. Pourquoi pas la pluie, ou les nuages, ou Dieu aux desseins impénétrables, ou des terroristes qui auraient au moins eu l’avantage de rejeter la responsabilité sur l’aéroport de départ et les Brésiliens? Pour les victimes et leurs proches, un accident de Boeing ou d’Airbus, c’est pareil. Mais pas pour nous. La fierté nationale, continentale, en prend un coup quand ce sont les Airbus qui trinquent.
Et puis il y a les boîtes noires qu’on nous présente de telle manière qu’elles semblent relever de la pure magie, ou plutôt de la magie noire. Abracadabra, on les ouvre et la vérité sort de la boîte noire. A peine a-t-on mis la main dessus qu’on comprend tout. Il devrait y avoir des boîtes noires pour tout, et en particulier pour l’économie. Parce que là, on a l’air prêts à remonter dans le système financier mondial sans avoir eu d’explications, passant le krach par pertes et profits (alors que l’économie aussi, selon les périodes, elle pique du nez, explose en vol ou plane). La boîte noire, c’est un peu comme la rançon: le plus difficile, c’est de la récupérer. Pourquoi ne flottent-elles pas? Mais le principe de la boîte noire relève d’une aspiration universelle. Tout le monde a sa boîte noire qu’on n’arrive jamais à bien interpréter. Les psys, qu’est-ce qu’ils prétendent faire sinon nous aider à retrouver notre boîte noire personnelle ? Dans n’importe quelle enquête, qu’est-ce qu’un témoin sinon une boîte noire humaine? D’une façon générale, les humanistes n’ont sûrement pas tort de prétendre qu’il y a de l’intelligence et de la bonté partout sur Terre. Mais où donc est la boîte noire qui nous permettrait de les situer précisément ?
















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Samedi 11 Juillet 2009
Vol AF 447